Dans une société où on nous répète constamment qu'il est nécessaire de faire de son mieux afin d'être le meilleur, je ne me sens pas toujours à ma place.
Il paraît que j'ai changé, que je vais mieux. J'ai l'air plus en forme, plus heureux... J'ai fait beaucoup de progrès, notamment vis-à-vis de l'acceptation de mon trouble. J'ai regagné confiance en moi et ma phobie sociale semble être bien moins présente qu'à l'époque. Je fais de mon mieux, c'est un fait, mais je suis loin d'être le meilleur et je crois que cela me complexe. Cela, quand bien même je ne sais pas ce que cela signifie véritablement. Où est-ce que je dois être bon ? Dans tous les domaines ? C'est impossible et j'en ai bien conscience.
Cependant, j'ai une passion : la danse. À la base, il ne s'agissait là que d'un simple exutoire, d'un passe-temps qui me faisait du bien. Et quand bien même les bienfaits demeurent, je ne peux m'empêcher d'être rongé par la jalousie. J'aimerais être bon, vraiment très bon ; à tel point que je passe ma vie à me comparer à mon entourage du milieu.
En réalité, je ne pense pas être mauvais, quand bien même je ne me considère pas comme un bon danseur (ou comme un danseur tout court). Malheureusement, je crois que c'est ce qui me frustre le plus. J'ai toujours aimé l'art, sous toutes ses formes. Le théâtre, le dessin, la poésie, l'écriture... J'aurais voulu être très bon dans au moins l'un de ces domaines, mais je ne le suis pas. Je ne crois pas au talent, mais il est frustrant de constater que malgré quelques facilités dans certaines de ces disciplines, je ne suis qu'un incompétent.
Cela s'explique très probablement par mon manque d'implication : je ne me suis jamais donné à fond. Du moins, jusqu'au jour où j'ai découvert la danse. Pendant cinq ans, sept jours sur sept, j'ai eu l'opportunité de pouvoir prendre des cours du soir. Ce n'était pas simple ; pour beaucoup, j'avais commencé trop tard et ma phobie sociale n'aidait en rien. Pourtant, j'ai vraiment essayé.
La danse me faisait tellement de bien, malgré mes troubles, mon handicap. Sans cette pratique, je pense que je n'en serais pas là ; mais concrètement, ça veut dire quoi ?... Et bien, cela signifie que sans cela, ma santé mentale aurait très probablement stagné. J'avais le sentiment que ce sport / cet art allait me sauver.
J'avais tort. Mon trouble de l'humeur, toujours présent, me fit replonger. Et cela, malgré ma pratique de la danse. Je ne voulais pas renoncer et pourtant, j'étais incapable de continuer. Pendant six ans, la danse était passée en arrière-plan. Puis lorsque j'ai voulu reprendre des cours, dans une autre ville, auprès de nouveaux professeurs : ce fut catastrophique. J'ai eu le sentiment de ne pas avoir progressé, pire, d'avoir régressé. Pas seulement en danse, mais dans tous les domaines.
Je n'ai rien lâché pour autant, j'ai continué à pratiquer seul de mon côté... Mais je sais que je ne suis plus au point techniquement, que j'ai beaucoup perdu. J'essaie d'être fier de ne rien avoir lâché. De pouvoir faire des scènes quand bien même je ne pratique plus véritablement. Malheureusement, ce n'est pas aussi simple. J'ai rencontré tellement de jeunes danseurs, aujourd'hui bien plus talentueux que moi. Des danseurs que j'envie, que je jalouse peut-être même. Sur le papier, ils ont moins d'expérience mais demeurent bien meilleurs que moi à présent.
Je tente de m'accrocher, du mieux que je peux. J'essaie de survivre avec mon trouble de l'humeur qui continue à faire des siennes. Parfois je me sens pousser des ailes, et tout d'un coup, je m'écrase. Violent retour à la réalité. Est-ce que je vais vraiment mieux finalement ? Je n'en sais rien. Lorsque mon moral chute, j'ai toujours ce sentiment de régresser.
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